Errances forcées
Mon projet photographique intitulé « errances forcées » est un panel de photographie abstraite représentant de jeunes migrants isolés qui errent dans les rues de paris .
À travers ces images je tente de placer leurs errances dans notre époque et ainsi situer mon propos. Mes peintures digitales sont une superposition de centaines d’images qui transforment une masse en une entité unique. Ces images sont rassemblées en un ensemble géométrique. Une case .
Ces images sont inscrites dans un processus intemporel, je ne souhaite pas qu’il y ait de représentation distincte de temps, de lieu ou d’espace. Seule la silhouette est visible. Il est impossible de définir qui est représenté, et où cette personne se situe. À travers cette instabilité picturale, je souhaite renforcer la notion d’errance. L’image est presque fantasmagorique, surréelle.
« […] le contemporain est celui qui fixe le regard sur son temps pour en apercevoir non les lumières, mais l’obscurité ». Que sont donc ces gens sinon la preuve que nous vivons dans une société obscure, individualiste, hypocrite et autocentrée ? Que sont-ils donc sinon la représentation du « faisceau des ténèbres » de notre époque. Représenter ces masses c’est pour moi mettre en avant la contradiction entre la violence de leur condition et les progrès de notre siècle. C’est illustrer l’aberration d’une telle situation au XXIe siècle.
Afin d’intégrer de façon tout à fait personnelle et intime les mineurs exilés à ma démarche, il me fallait les suivre à la façon d’un détective : sans être vu et sans demander l’autorisation. Je devais participer, à mon échelle, à leur vagabondage. Smartphone en main je suivais donc de façon aléatoire des jeunes dans paris . Je finissais souvent par les aborder et discuter avec eux sans pour autant leur parler de mon projet ou des images que je leur avais volés.
Soucieuse de me rapprocher de la réalité du monde dans lequel je m’épanouis j’ai été surprise de me rendre compte qu’en suivant ces jeunes je laisser également mon corps s’évader. Il faut dire que j’ai un rapport très intime à l’errance, avant de penser aux jeunes exilés, je me mettais moi-même à marcher sans réfléchir à ma destination dans les rues de paris. À chaque peine, à chaque situation pénible ou difficile, je mettais mon corps en mouvement de façon mécanique. Je le déconnectais de son cerveau et le laissais aller à ses vagabondages. Cela donnera d’ailleurs le jour à un autre projet photographique sur les paysages. Ces errances utilisent le même procédé technique, mais un rapport plus personnel à l’image réalisée - voir ci-après .